Lettre d’un ours aux êtres humains

juillet 28th, 2008 · No Comments

Comme un ours qui sort difficilement de sa caverne et qui y entre tout aussi lentement – prenant le soleil l’été, hibernant l’hiver- je t’écris avec ma patte un peu engourdie, sur le seuil de ma caverne, un œil plongé dans le soleil, l’autre dans l’ombre de mes habitudes.

 

Aujourd’hui il y a sûrement du poisson à la rivière, l’air est frais et la cascade vive. La forêt est dense et profonde et protège le petit vallon de lumière où j’habite, des elfes et des fées y dansent, mais ma myopie ne me permet de toute façon pas d’y voir plus loin que le bout de ma truffe.

 

Heureusement, mon nez sent les parfums subtils et les odeurs mêlées et j’entends même avec mes oreilles le clapotis serein des étoiles au loin. Peut-être irai-je un jour davantage à la rencontre de mes compères les humains, peut-être, s’ils sont sages et que je n’entends plus aboyer partout des chiens derrière la forêt.

 

Non pas que je n’aime pas les chiens, mais je préfère manger du miel, un miel particulier, fluide, gracieux, frais et clair, pas poisseux : un miel ancestral, un miel du ciel, sidéral, un miel coulant sur les flancs de la montagne en flots vastes et puissants. Sûr qu’à ce débit, la plaine en est autant inondée qu’ici. Mais ici les chiens n’y mêlent pas leur bave et les brebis inoffensives n’ont pas eu le temps de le saccager de leurs excréments. Je suis un ours difficile.

 

Salut à toi et aux plaines.

 

Tags: Pensées · Contes

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