Le loup, le renard, le cabrian et le fermier.

mai 1st, 2008 · No Comments


Il était une fois dans un champ verdoyant en fleur, un cheval blanc broutant paisiblement. Quand tout à coup, un cabrian bourdonnant survint dans le champ. Il se posa sur les plus belles fleurs et butinant le délicieux nectar de celles-ci, vit le cheval s’approcher doucement. Ravalant sa salive, le cabrian s’envola en bourdonnant aux oreilles du fier destrier, également laboureur à ses heures gagnées. Pestant contre cet empêcheur de sustenter en rond, son aiguillon lui reprocha de prendre double portion et le piqua furieusement pour cette surconsommation. L’équidé blanc hennissait, se cabrait et envoyait sa queue à qui mieux mieux pour chasser l’importun ailé.

Sur ces entrefaites Maître Renard passa par là. Tout intrigué, il écouta attentivement le motif de l’échaffourée. Le poulailler était bien lointain, hors d’accès dans les bâtiments de la ferme et il n’avait rien d’autre à regarder pour animer sa journée et repaître…sa curiosité.

 

"Eh vous qui semblez si alerte

         et voulez du cheval la perte,

ouvrez lui plutôt son enclos

pour qu’il disparaisse aussitôt !

-         C’est que si je suis alerte, répondit finement cabrian, je n’ai pas de mains et ma taille de guêpe ne me permet cette prouesse d’humain… Puis il ajouta agacé : ne le voyez-vous d’ailleurs pas vous-même ? Vous moquez-vous et voulez-vous goûter de ma lame effilée ?

-         Allons donc, je n’oserai point me moquer d’un dard tant aiguisé. Cependant c’est à cet instant que je puis vous aider et c’est pour cela que je suis resté : faisons comme cela, une simple pression suffira et tout s’ouvrira… »

 

Et d’une patte délicate, Maître Renard ouvrit avec une prouesse toute humaine la porte de l’enclos et l’on vit le fier destrier s’en aller vers de nouvelles contrées où il rêvait pouvoir calmement broûter. Le fermier alerté par les fracas des sabots de son bel équidé sur le chemin d’à côté lui courut après…sans succès. Le pauvre fermier fut bien attristé, il ne lui restait plus qu’un pauvre mulet et quelques poulets…Après une réflexion bien raisonnée, il pensa que son mulet serait mieux nourri dans le pré et opta de lui attribuer, en s’assurant toutefois de poser une autre poignée pour l’enclos : on ne l’y reprendrait pas de sitôt à le mal fermer.

Le cabrian en fut bien peiné, cependant Maître Renard ne s’en sentit point arrêté. Prestement il entreprit le même procédé aux deux poignées. Las ! Le mulet ne l’entendait pas de cette oreille et entêté, demeura dans le pré à broûter.

Mais chance ! Messire Loup attiré par le bruit traîna sa panse jusqu’aux alentours du champ verdoyant et tint à quelques mots prêt ce langage.

«  Que vois-je, un renard salivant près d’un âne bâté, auriez-vous la rage ? 

-         Que nenni Messire Loup, je ne suis enragé, mais simplement mis en appétit à la pensée de faire bombance cet âne à portée…s’il n’y avait le fermier et ses sabots d’entêté.

-         Bigre Maître Renard ! Voilà un appétit de tigre ! Mais ce mulet tombe bien en effet. Cela fait moi-même depuis février que je n’ai pas dégusté un met à en faire saliver mes babines. Et je mangerai bien ce petit équidé pour mon dîner.

-         Alors je vous propose un marché Messire : effrayez le mulet, faites le fuir jusqu’au bosquet et laissez m’en la moitié. Je distrairai pendant ce temps le fermier avec mon ami Cabrian. »

Messire Loup, amusé par la naïveté de Maître Renard dans ce marché, accepta. Mais il ne se douta pas que rusé comme il est, Maître Renard cherchait uniquement à se débarasser de ce vieux mulet comme de Messire Loup aux aguets, en convoitant une viande plus agréable au palais : celle de ses chers poulets. Et en une fraction de seconde le bourriquet s’en alla, la foulée longue, suivi de près par Messire Loup affamé. Petit Cabrian remercia et salua Maître Renard qui allait s’enfuyant, puis s’enquit aussitôt de butiner son festin de nectar, pistil par pistil.

Pauvre fermier, une fois de plus dépité, vit à nouveau son pré vidé et ses yeux aussi : de ses pleurs sur son malheur. Ayant bien arrosé son pré, il aperçut au bout du compte les empreintes du prédateur et se mit en tête de lui faire passer le goût de la viande volée. Maître Renard, lui, prévoyant, avait effacer avec art l’empreinte de ses pattes rondes et veillait caché derrière de grandes herbes sur le fermier, rendu soudainement avec sa fourche et son fusil plutôt méchant. Le fermier emmena de surcroît ses chiens excités, quoiqu’un peu effrayés par l’odeur de Messire Loup, et les voilà partis à la chasse à l’ennemi dans l’ombre des bois. Maître Renard voyant enfin la situation prendre un bon tournant, s’approcha du poulailler dans la ferme désertée d’un air gourmand. Il ouvrit soigneusement la grille avec entraînement et se saisit d’un, puis de deux volatiles entre ses dents, leur rompit le cou et les rapporta à Dame Renarde qui guettait à l’orée de la forêt. Tous deux firent un si beau relais entre leur tanière, la ferme et la forêt que bientôt le poulailler fut plus silencieux qu’un garde manger réfrigéré. De telle sorte que lorsque le fermier revint en son domaine, avec au bout de la fourche Messire Loup dodu comme un bœuf, suivi de ses chiens qui rognaient chacun un os de patte de mulet (sans doute généreusement laissé à terre par Messire Loup en tribut de côté pour répondre au marché de Maître Renard), celui-ci se mit à fulminer contre le Loup, qu’il fit rôtir et manger à ses chiens et aux hiboux. Sa colère passée, il lui vint cependant une dernière idée pour gagner son année : cultiver son pré. Le fermier se mit ainsi à retourner et ratisser son beau pré qui finit par être silloné de terre bien moulinée.

Petit cabrian ne put supporter une telle infamie de fleurs écrasée à la barbe de son dard et de son nez : il se mit à tourner et à vitupérer autour du fermier en cherchant à le piquer. Funeste idée, car contrairement à l’équidé, le fermier su comment l’écraser : plutôt que de se venger, il eut mieux fait de s’en aller. Une autre leçon que l’on peut tirer de cette histoire est que la ruse et la patience valent mieux que la force et la violence et que ce n’est pas parce que quelqu’un crie « haro sur le baudet » qu’il ne préfère pas le poulet.

                                  

Elodie

Tags: le potager poétique · impressions de la terre · animaux · Contes

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